Développer la main-d’œuvre grâce à un enseignement secondaire axé sur les métiers manuels

Dans le cadre d’un partenariat innovant, Fusion Collegiate, The Educational Partnership Foundation et la section locale 110 forment des apprentis qualifiés et motivés dans le domaine de l’isolation mécanique.

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par Jessica Kirby

Abafra Bashir, 18 ans, travaille à Fort McMurray comme calorifugeur pour Thomas Kanata inc. Il est entré dans la profession grâce au programme Skilled Trades Accelerator du Fusion Collegiate de Calgary, lorsque le directeur et cofondateur de l’école, Bradey Thompson, s’est rendu dans le lycée où étudiait Abafra, à la recherche d’élèves intéressés par une carrière dans les métiers manuels. 

« Il m’a dit qu’en Alberta, les employeurs recherchaient des ouvriers professionnels », explique Abafra. « J’aime le travail manuel, alors j’ai accepté l’offre et j’ai suivi la formation. »

Le Fusion Collegiate, en partenariat avec la Fondation pour le partenariat éducatif (The Educational Partnership Foundation ou TEPF), permet aux élèves de 18 et 19 ans de suivre une formation aux métiers manuels et de mettre à niveau leurs compétences dans le but de trouver un emploi. Dans le domaine de l’isolation mécanique, la section locale de Heat and Frost Insulators propose un programme de formation accéléré de huit semaines à l’issue duquel les diplômés sont prêts à entrer sur le marché du travail; les élèves bénéficient par ailleurs d’un soutien, d’une mise à niveau et de crédits d’études secondaires par l’intermédiaire de Fusion Collegiate. 

« Voici comment nous présentons les choses aux étudiants : “Cette formation est comme un entretien d’embauche qui dure huit semaines” », explique M. Thompson. « Il faut donc avoir une attitude positive et faire preuve d’assiduité et de responsabilité. Ce sont de bons étudiants, et ils ont envie de travailler. »  

Sur les dix étudiants qui ont récemment terminé le programme, huit travaillent comme calorifugeurs en première année, et trois sont employés chez Thomas Kanata Insulation. « Ces jeunes ont connu des difficultés, mais ils s’épanouissent », se réjouit M. Thompson. 

Abdirashid Deef, 19 ans, a également suivi la formation de Fusion et travaille depuis deux mois chez Thomas Kanata. Dès l’âge de dix ans, Abdirashid savait qu’il était doué pour la mécanique. « J’ai toujours eu de la facilité pour améliorer le fonctionnement des choses », déclare-t-il. « À la maison, je réparais des choses comme les prises électriques, les prises murales et la cuisinière. J’ai également de bonnes connaissances en mathématiques, ce qui m’est utile pour résoudre les problèmes. »

Il a été attiré par l’isolation mécanique et aime ce métier, car les calorifugeurs « réfléchissent constamment et utilisent souvent les mathématiques ». 

Au début, Abdirashid a eu un peu de mal à se familiariser avec le mètre ruban et le fonctionnement de l’isolation. « Maintenant, je comprends l’isolation et je fais du très bon travail », dit-il. « Je tiens à remercier mes formateurs de la section locale 110, Kassy et Dennis, M. Thompson, ainsi que mon contremaître Marcin, qui m’encourage toujours à avoir confiance en mes compétences et à aller de l’avant. »

La formation en isolation mécanique inclut une certification en matière de sécurité, notamment sur les dispositifs antichute, les plates-formes en hauteur et la sensibilisation aux dangers de l’amiante, entre autres. « Nous leur avons également expliqué la vie dans un campement de travail, ce qu’ils peuvent faire le soir, comment réagir en cas de problème, ce qu’il faut emporter, comment gérer les moments de solitude, bref, tout ce qui peut représenter un défi pour eux », explique M. Thompson. « Nous avons également emmené les étudiants acheter les outils dont ils avaient besoin pour que l’aspect financier ne soit pas un obstacle. »

Angel Lawrence Dessus Day Chief a 19 ans; il est né et a grandi à Calgary. Il s’est inscrit au Fusion Collegiate lorsque son conseiller d’orientation au lycée lui a commenté que cela pourrait être une possibilité intéressante. « Plus je passais de temps chez Fusion, plus je prenais plaisir à apprendre et à franchir les étapes », raconte-t-il. « Tandis que j’apprenais mon métier, je me suis rapidement rendu compte que c’était exactement ce qui me convenait. »

Au début, la transition entre étudier et travailler à plein temps dans un campement avec l’équipe de Thomas Kanata a été dure pour Angel. « C’était peut-être le fait d’être loin de ma famille », dit-il. « Mais j’aime voyager et j’aime mon travail. Je suis simplement reconnaissant de pouvoir faire quelque chose qui me plaît. »

Des programmes gouvernementaux gagnants-gagnants

Kyle Sippola, directeur des opérations chez Thomas Kanata, estime que les programmes subventionnés par le gouvernement, comme celui de Fusion Collegiate, sont avantageux pour tous : les étudiants, les entrepreneurs et le secteur de la construction.

« Il y a clairement une pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans l’Ouest canadien. Ce type de programme permet donc aux employeurs d’investir dans la main-d’œuvre, et aux jeunes de devenir apprentis sous contrat, ce qui, à long terme, est bénéfique pour le Canada », explique-t-il. 

De nombreux programmes de recrutement ciblent les élèves en dernière année ou ceux qui quittent l’école secondaire, ce qui, selon M. Sippola, peut s’avérer être trop tard. « Ils disent qu’ils ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent faire et qu’ils sont poussés à faire des études postsecondaires et à trouver un emploi de bureau, et de ce fait, ils ne pensent pas aux métiers manuels », dit-il. « Mais en 10e année, un grand nombre de ces jeunes apprennent à utiliser un outil et découvrent leurs compétences manuelles. »

En 2024, 30 élèves ont suivi une formation professionnelle chez Fusion portant sur des domaines dans lesquels les professionnels du secteur cherchaient des ouvriers qualifiés. En 2025, le programme proposera une formation dans cinq métiers : ferronnerie, menuiserie, plomberie et tuyauterie, isolation et finition. En décembre de cette année, 50 élèves supplémentaires auront suivi une formation et seront à la recherche d’un emploi, dont dix calorifugeurs. 

Des partenariats déterminants

La Fondation pour le partenariat éducatif contribue à la mise en œuvre du programme en fournissant des ressources financières et organisationnelles, un soutien logistique et des contacts dans le secteur, qui offrent aux étudiants de réelles occasions de réussir. 

« La raison pour laquelle notre partenariat avec Fusion Collegiate fonctionne si bien est que nous avons un objectif commun », explique Barb Simic, présidente-directrice générale de la TEPF. « Ensemble, nous ne nous contentons pas d’évoquer des opportunités professionnelles; nous donnons aux étudiants la possibilité d’en faire l’expérience, d’acquérir des compétences réelles et de prendre confiance en eux pour embrasser une carrière dans les métiers manuels et construire leur avenir. »

Tous les étudiants n’apprennent pas de la même manière, et par conséquent, le partenariat propose d’autres chemins vers la réussite, au-delà des parcours scolaires traditionnels. 

« Pour de nombreux jeunes, en particulier ceux qui se trouvent dans des situations difficiles, les programmes de formation professionnelle peuvent leur changer la vie en leur procurant une stabilité, un but et un moyen de s’en sortir », explique Mme Simic. « Les métiers manuels ouvrent une voie vers l’avenir, à la fois claire et pragmatique, en particulier pour les étudiants qui se sentent rebutés ou laissés pour compte par l’enseignement traditionnel. »

Prêts à relever le défi

Le jour où Abafra, Abdiradish et Angel ont été envoyés en mission, M. Thompson est venu les chercher et les a conduits chez Thomas Kanata pour qu’ils soient prêts à partir à 7 heures du matin. 

« Ils ont quitté le lycée sans projet et sans espoir », se rappelle M. Thompson. « Ils se sentaient perdus. Ils sont arrivés chez Fusion, et maintenant ils ont un projet de carrière, ainsi que les compétences et la formation nécessaires pour travailler en tant que professionnels. » 

Comme souvent avec les programmes d’apprentissage, la difficulté récurrente est d’établir des liens solides avec les employeurs. « Nous avons des étudiants formés, motivés, ambitieux et humbles qui ont un niveau de maturité et de concentration différent de celui des étudiants de 16 ou 17 ans qui suivent le programme RAP », explique M. Thompson, en référence au programme d’apprentissage enregistré de l’Alberta. « Ils ne sont pas là seulement pour découvrir, mais pour se lancer. Ce sont des individus qui sont prêts à commencer leur carrière. Ils ont juste besoin qu’on leur donne une chance. »  

Il souligne qu’embaucher un diplômé de Fusion Collegiate est un moyen de lutter contre la pénurie de main-d’œuvre en recrutant des travailleurs hautement qualifiés et fiables, et M. Sippola est du même avis. 

« En tant qu’entrepreneur, il y a toujours un risque et un coût à embaucher des apprentis », explique-t-il. « Des initiatives telles que celle de Fusion permettent aux gens de trouver un emploi tout en limitant les risques dans une certaine mesure. »

M. Sippola confirme que les trois diplômés de Fusion étaient très bien préparés, savaient ce qu’on attendait d’eux, se sont présentés dans une tenue appropriée et avec les outils adéquats, comprenaient ce qu’était l’isolation et savaient ce qu’ils avaient à faire. 

« Tout se passe bien », assure-t-il. « Ils s’intègrent parfaitement et sont contents de travailler. Ils font un excellent travail, et nous envisageons d’embaucher quelques apprentis supplémentaires, car cette initiative a été très fructueuse. » 

Un avenir prometteur

Abafra estime que les jeunes qui cherchent une carrière enrichissante et la sécurité de l’emploi devraient envisager les métiers manuels, surtout s’ils ne veulent pas passer plusieurs années à faire des études pour, en fin de compte, se retrouver endettés. 

« Cela me convenait bien », dit Abafra. «  J’aime être actif et je cherchais une profession qui me permettrait d’évoluer et d’être bien rémunéré. »

Au cours des cinq prochaines années, il a l’intention d’obtenir sa certification Sceau rouge et de continuer à bien gagner sa vie pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Il aimerait également encadrer les nouveaux apprentis.

« Je me sens bien et confiant en mon avenir », déclare Abdirashid. « J’espère continuer à progresser dans ma carrière et dans la vie, et je me vois bien devenir compagnon du syndicat Heat and Frost Insulators. » 

Angel a lui aussi de grands projets d’avenir. « Je veux simplement devenir un professionnel », dit-il. « Je ne veux pas seulement avoir un titre, je veux être excellent dans mon travail. Je veux toujours être au sommet de mes compétences en restant à la page, en progressant et en gardant une longueur d’avance. » ▪