L’ACIT obtient une subvention innovante pour revitaliser la main-d’œuvre dans le secteur de l’isolation

Un nouveau programme de formation, flexible et robuste, a pour ambition de remédier au manque de main-d’œuvre en Alberta en déployant des perspectives de carrière et en redéfinissant l’avenir du secteur de l’isolation.

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par Natalie Brucker

Le manque de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur de l’isolation mécanique en Alberta a atteint un stade critique. Rien que dans cette province, 800 à 1 000 calorifugeurs qualifiés seront nécessaires dans les trois prochaines années, et dans le secteur, on se démène pour répondre à la demande. En 2024, 500 offres d’emploi de calorifugeurs qualifiés (compagnons et apprentis) ont été lancées sur le marché du travail de la Western Canadian Union, mais seuls 40 % des postes ont été pourvus.

Depuis des années, le secteur de l’isolation mécanique en Alberta peine à trouver une main-d’œuvre stable; c’est un problème auquel sont confrontées toutes les provinces canadiennes. Mais en décembre 2024, un virage potentiel a été amorcé.

Tristan Bertram, directeur des Affaires sectorielles au sein de l’ACIT, a appris l’existence d’une initiative qui pourrait revitaliser la profession : la nouvelle subvention Alberta Industry Skills (AIS).

Lancée par le ministère de l’Emploi, de l’Économie et du Commerce de l’Alberta, cette initiative a pour but d’aider certains secteurs clés à faire face au manque de compétences, en offrant des possibilités de formation et des avantages à l’ensemble de la profession afin de relever les défis actuels et émergents concernant la main-d’œuvre. Néanmoins, il y avait un obstacle : les délais étaient très serrés.

« Quand j’ai vu la subvention AIS, je me suis dit que c’était une occasion à ne pas manquer », se souvient Tristan Bertram. « Or, la date limite approchait à grands pas, en janvier; j’ai donc réuni notre conseil d’administration et les leaders du secteur. Tout le monde était d’accord : il fallait qu’on arrive. »

Avec le soutien sans réserve des conseils d’administration de l’ACIT et de la TIAA (Thermal Insulation of Association of Alberta), l’équipe dirigée par Tristan Bertram a travaillé sans relâche pour déposer une demande dans le but de financer un programme de formation aux compétences fondamentales de l’isolation thermique et frigorifique, un domaine spécialisé essentiel pour garantir l’efficacité énergétique et la réduction des émissions de carbone. Cette initiative permettrait de soutenir directement la transition vers une économie propre, sans compromettre les besoins du secteur.

Thomas Kanata, un entrepreneur membre de la TIAA, a été désigné comme principal prestataire pour dispenser cette formation, compte tenu de son expertise et de sa capacité à instruire 300 participants dans les délais impartis par le projet. « Nous avions déjà organisé des formations similaires, et par conséquent nous savions que ce programme ressemblerait probablement aux précédents à bien des égards. Nous savions également que ce financement nous permettrait de créer un environnement où les nouveaux travailleurs pourraient acquérir des compétences de base. Ensuite, le programme d’apprentissage du gouvernement de l’Alberta, proposé par le Southern Alberta Institute of Technology (SAIT) et le Northern Alberta Institute of Technology (NAIT), prendrait le relais », explique Kyle Sippola, directeur des opérations chez Thomas Kanata.

Ce programme de formation gratuit pour les Albertains combinerait un enseignement en présentiel et un apprentissage en ligne autoguidé pour que les participants puissent acquérir les compétences nécessaires pour trouver un emploi durable dans le secteur de l’isolation mécanique. Il ciblerait les bassins de talents comprenant notamment les nouveaux arrivants en Alberta, les communautés autochtones et les personnes sans diplôme d’études postsecondaires; ces groupes représentent en effet une main-d’œuvre sous-utilisée ayant le potentiel de satisfaire les exigences du secteur tout en accédant à des carrières durables et bien rémunérées.

Le syndicat local 110 de Heat and Frost Insulators offre actuellement une formation de préapprentissage qui, depuis 2015, a permis d’instruire avec succès 284 personnes, ce qui va au-delà des normes de la première année d’apprentissage.

« La qualité de leur programme est excellente », déclare Tristan Bertram. « Nous allons ajouter une option de formation plus courte et moins poussée, qui sera accessible aux personnes qui ont actuellement un emploi ou à celles qui vivent dans des régions éloignées. Notre programme comprend également un volet marketing et promotion qui nous permettra d’attirer les gens vers notre profession, de leur mettre le pied à l’étrier et de les soutenir sur le long terme dans leur parcours d’apprentissage, une fois qu’ils auront commencé à travailler dans le secteur.

Une fois qu’ils auront terminé le programme, les participants pourront suivre une formation d’un an par l’intermédiaire du syndicat local 110, ou une formation d’apprenti de quatre ans par le biais du NAIT ou du SAIT. 

« Le programme d’apprentissage de l’isolation thermique et frigorifique s’étend sur quatre ans et débouche sur la certification de compagnon », explique Tristan Bertram. « Nous voulions proposer un point de départ aux Albertains et les mettre sur la voie de la certification en tant qu’ouvriers qualifiés. »

Cette détermination et ce travail acharné ont porté leurs fruits, car l’ACIT a reçu le feu vert, un mois seulement après avoir déposé sa demande. Cela représente près de 1,5 million de dollars de subventions, ce qui constitue la première aide gouvernementale que l’organisation reçoit depuis plus de vingt ans.

« Cette subvention est quelque chose d’énorme pour nous. Il ne s’agit pas seulement de soutien financier, mais aussi de reconnaissance. C’est la première fois depuis 1999 que nous recevons un financement gouvernemental. Par ailleurs, plutôt que d’être calquée sur le modèle traditionnel des études supérieures et des écoles professionnelles, cette formation est axée sur le métier. C’est un changement majeur, et cela permet à l’ACIT de participer comme elle n’a jamais pu le faire auparavant », déclare Tristan Bertram.

Le financement étant désormais assuré, l’ACIT et la TIAA avancent résolument et sont déterminées à avoir un effet durable sur la main-d’œuvre en Alberta. « Le contrat est signé et dès que le financement sera disponible, probablement en mai, nous commencerons à planifier, à élaborer le programme d’études et à mettre en place la plateforme d’apprentissage en ligne. L’objectif est de lancer le contenu en ligne et en présentiel dans un délai de 13 mois », déclare Tristan Bertram.

Le programme d’études reposera sur deux parties essentielles : l’apprentissage en ligne précité, et la formation en présentiel, fondée sur des cohortes. La partie en ligne couvrira les principes fondamentaux de l’isolation mécanique et les compétences relatives à l’employabilité. Élaboré par la TIAA, l’ACIT et le comité des prestataires de formation de l’ACIT, le contenu sera mis en forme avec la contribution des acteurs du secteur de toute l’Alberta.

La partie en présentiel se concentrera sur l’expérience pratique, en abordant les produits d’isolation mécanique, les tâches professionnelles typiques et les compétences de base spécifiques au métier. Afin d’élargir l’accès à ce programme d’études, une approche basée sur la « formation des formateurs » sera mise en œuvre pour permettre l’instruction d’autres employeurs par l’ACIT et la TIAA, laquelle supervisera les placements dans un souci de transparence et d’équité. 

Selon M. Sippola, le programme dépassera les attentes des gens. « Bien que ce métier soit considéré comme une seule et même activité, et que l’on attende d’un calorifugeur qui soit capable de travailler aussi bien dans l’isolation industrielle que dans l’isolation commerciale, ce sont en fait des domaines bien distincts. Nous voulons rendre ce programme intéressant en expliquant aux gens les différentes options possibles. D’un côté, vous avez la possibilité de travailler pour une entreprise d’isolation commerciale, habituellement sur la base de 40 heures de travail par semaine, du lundi au vendredi, ce qui est idéal si vous préférez rentrer chez vous tous les soirs. D’un autre côté, si vous travaillez dans l’isolation industrielle, vous serez généralement envoyé sur des sites éloignés, ou même des campements, où le rythme est de 10 jours de travail, suivis de 4 jours de repos. Chacun a des besoins différents, par conséquent nous tenons à nous assurer que le programme cible les deux domaines pour qu’il soit utile à tous les entrepreneurs concernés. »

Thomas Kanata a proposé de dispenser la formation, mais l’objectif est de mettre ces personnes formées à la disposition de l’ensemble du secteur en Alberta.

La subvention est non seulement une victoire pour la TIAA et l’Alberta, mais aussi pour la profession en général. De plus, l’octroi de cette subvention peut servir de modèle pour de futures initiatives dans d’autres provinces. « C’est un métier de niche, qui ne bénéficie pas de la même reconnaissance que d’autres occupations, mais l’octroi de cette subvention pourrait ouvrir la voie à des initiatives similaires dans tout le Canada. L’objectif ultime de l’ACIT est d’adapter ce programme à chaque province, en partenariat avec l’association provinciale locale, afin d’inspirer un effort national pour pallier le manque de main-d’œuvre qualifiée et aider les travailleurs à faire carrière dans un métier qui est plus important que jamais », déclare Tristan Bertram.

Pour Tristan Bertram et son équipe, il s’agit de bien plus qu’un simple programme de formation : c’est un investissement dans l’avenir de la main-d’œuvre de l’Alberta et du secteur de l’isolation. « Notre objectif principal est de remédier à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée en attirant des gens vers ce métier. Ce programme offre non seulement une formation de base, mais il met également les participants en relation avec des entreprises membres afin qu’ils puissent trouver un emploi. » M. Sippola ajoute : « Nous espérons que cela entraînera un afflux d’apprentis qui souhaitent faire carrière dans le métier et devenir des calorifugeurs certifiés à part entière. »

C’est un objectif ambitieux, mais avec le soutien des leaders du secteur et du gouvernement, Tristan Bertram et Kyle Sippola sont convaincus de l’atteindre. ▪