Des signes précurseurs de réussite en 2026
Par Robin Brunet
Tristan Bertram, directeur des Affaires sectorielles de l’ACIT, envisage 2026 comme une année prometteuse pour le secteur canadien de la construction, et en particulier pour l’association.
« Dans l’ensemble, la performance du secteur de la construction a été plutôt satisfaisante en 2025, et il semble que cela va continuer cette année et dans un avenir proche, avec de nombreuses possibilités d’emploi », explique-t-il. « Je suis particulièrement encouragé par ce que j’entends à Ottawa, où le gouvernement semble déterminé à soutenir les grands projets et autres chantiers qui amélioreront notre résilience, en tant que pays. »
M. Bertram est encore plus optimiste quant à son propre domaine de compétence; en effet, l’ACIT est en train de mettre en œuvre un nouveau plan stratégique au nom de ses membres. « C’est quelque chose que nous faisons régulièrement lorsque nous accueillons un nouveau président, dans le but de rester concentrés sur les enjeux importants et de mettre en valeur ce que notre secteur a à offrir dans le domaine de la réduction des émissions de carbone et de l’efficacité énergétique », dit-il.
Il y a de bonnes raisons pour espérer que les résultats de 2026 soient aussi satisfaisants que ceux de l’année précédente. En 2025, le secteur canadien de la construction a connu une croissance de 0,24 % alors même que, selon l’Association canadienne de la construction (ACC), l’économie nationale se contractait. Cette croissance s’explique par l’accent mis par le gouvernement fédéral sur les infrastructures d’intérêt national.
La construction de logements neufs au Canada a rebondi vers la fin de l’année, avec une hausse de 14 % des mises en chantier en septembre, en partie grâce à la baisse des taux bancaires et malgré des conditions de marché difficiles (notamment la guerre tarifaire entre le Canada et les États-Unis).
L’ACC reconnaît néanmoins la gravité des difficultés, et son président, Rodrigue Gilbert, souligne que « la hausse des coûts, la pénurie de main-d’œuvre et l’incertitude commerciale font qu’il est plus difficile pour les entreprises de planifier, de soumissionner et de mener à bien les projets dont ont besoin les Canadiens ».
L’ACC a également averti que les règles d’approvisionnement « Achetez canadien » pour les projets fédéraux, qui sont entrées en vigueur en novembre, pourraient avoir un impact négatif sur les délais et les coûts de construction. Elle demande que des consultations soient menées avec les secteurs d’activité en aval, et notamment celui de la construction, pour veiller à ce que les politiques d’approvisionnement national ne limitent pas la capacité de bâtir, mais la renforcent.
Le secteur canadien de la construction emploie plus de 1,6 million de personnes et contribue à hauteur de 7,5 % au produit intérieur brut du Canada. Les prévisions selon lesquelles il continuera cette année sur sa lancée font qu’il est d’autant plus important de déployer le plan stratégique de l’ACIT.
« L’isolation mécanique semble toujours être le dernier corps de métier pris en compte dans les projets de construction, et son champ d’application est souvent limité. Pourtant, l’efficacité énergétique et la durabilité sont plus que jamais des objectifs primordiaux, ce qui signifie que nous devons maximiser notre influence en tant que profession », explique M. Bertram.
Sans surprise, trouver la main-d’œuvre et former les nouveaux venus dans le secteur reste une priorité. « Les grands projets d’infrastructure, comme l’usine GNL Canada en Colombie-Britannique, ont eu un effet considérable sur la disponibilité de la main-d’œuvre, car ces emplois nécessitent un grand nombre de travailleurs qualifiés », explique M. Bertram. « Nous sommes d’autant plus motivés que, selon une récente étude de BuildForce Canada, d’ici 2030, ce sont les calorifugeurs qui feront le plus défaut dans le pays. »
Grâce à des subventions gouvernementales, l’ACIT participe à des initiatives de formation en Alberta et se charge actuellement d’élaborer le contenu des cours. « Nous nous engageons également à amplifier la formation continue au niveau professionnel », ajoute M. Bertram.
Sean Strickland, directeur général du Syndicat des métiers de la construction du Canada (CBTU), évoque plusieurs grands projets qui nécessiteront un nombre important d’ouvriers syndiqués bien formés. « Les plus importants sont la phase 2 du projet GNL Canada et la mine Red Chris en Colombie-Britannique, la centrale nucléaire de Darlington et la mine de nickel de Crawford en Ontario, le terminal Contrecœur au Québec et le projet hydroélectrique Nukkiksautiit au Nunavut », précise-t-il.
Le CBTU, qui représente plus de 600 000 ouvriers qualifiés du secteur de la construction au Canada, a remporté d’importants succès en jetant les fondements requis pour permettre à une main-d’œuvre plus vaste de profiter pleinement des possibilités d’emploi dans tout le pays. En janvier, le gouvernement de l’Ontario a annoncé une initiative de collaboration (entre le CBTU et le ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences de l’Ontario) visant à harmoniser les normes nationales de sécurité pour les ouvriers de la construction en adoptant les meilleures pratiques et les exigences les plus élevées afin de garantir des conditions de travail sécuritaires.
Cette initiative a pour but de soutenir les ouvriers de la construction au Canada en supprimant les obstacles qui entravent leur mobilité entre provinces et les empêchent d’aller travailler sur d’autres chantiers. Elle aborde le problème de la diversité des normes de certification en matière de santé et de sécurité à travers le Canada, et reconnaît que la recertification interprovinciale coûte du temps et de l’argent et retarde inutilement l’avancement de projets cruciaux.
En ce qui concerne la pénurie d’ouvriers qualifiés, M. Strickland estime que le débat doit être réorienté afin d’examiner comment optimiser les compétences de la main-d’œuvre existante, d’un océan à l’autre. Selon lui, cette pénurie porte sur des compétences spécifiques, qui varient en fonction de l’envergure et du type de projet, ainsi que de l’emplacement de l’ouvrage, entre autres facteurs. Pour résoudre ce problème, le CBTU communique de plus en plus étroitement avec des maîtres d’ouvrages plus importants, pour connaître le type et la quantité d’ouvriers qualifiés dont ils ont besoin, et savoir où et quand ceux-ci doivent être déployés. « Et nous poursuivrons ce processus en 2026 », dit-il. « La profession doit poursuivre ses efforts constants pour recruter et retenir davantage d’apprentis afin d’assurer la viabilité à long terme du secteur de la construction et de l’économie canadienne. »
En attendant, M. Strickland partage l’avis de M. Bertram selon lequel les libéraux fédéraux, sous la direction du premier ministre Mark Carney, sont déterminés à soutenir un secteur de la construction fortement syndiqué. « Pour ne citer qu’un exemple, sous sa direction, le budget du programme syndical de formation et d’innovation a doublé pour atteindre 150 millions de dollars et, ce qui est tout aussi important, il est ouvert à discuter du salaire minimum », dit-il.
Peut-être en raison de la quantité considérable des grands projets à venir, les gouvernements provinciaux prennent également des mesures pour réduire les formalités administratives. Le Conseil des associations de la construction de l’Ontario a récemment félicité le gouvernement provincial d’avoir permis à des professionnels certifiés venant d’autres provinces canadiennes de commencer à travailler dans un délai de dix jours ouvrables, pendant six mois maximum, en accélérant le processus de certification auprès des autorités réglementaires de la province en attendant qu’ils soient dûment enregistrés.
« Tout semble aller à merveille dans tout le pays » déclare M. Strickland, qui souligne qu’en plus des projets miniers et autres liés aux ressources et aux infrastructures, le Canada s’est lancé dans la construction de nouvelles centrales nucléaires et de nouveaux projets d’énergie éolienne et solaire.
« Mais c’est aux organisations à travers le Canada et au niveau local qu’il revient de concrétiser ces possibilités d’emploi », conclut-il. « Nous continuerons donc à la table des négociations, dans l’espoir de voir bientôt une croissance substantielle et l’approbation de projets majeurs. » ▪