
Leslie Emery, directrice de la Communication et de la Publication de la National Insulation Association (NIA)
Entretien avec Rob English, vétéran du secteur de l’isolation et chef de l’équipe des services techniques commerciaux et industriels chez Owens Corning, sur les raisons pour lesquelles les spécifications d’isolation obsolètes continuent d’entraver les projets modernes et comment y remédier. Fort de 38 ans d’expérience dans le secteur, Rob English fait la synthèse du point de vue des entrepreneurs, des fabricants, des transformateurs et des distributeurs.
Réduire, réutiliser, recycler. C’est un mantra que la plupart d’entre nous connaissent par cœur. Dans de nombreux domaines de la vie courante, ces trois habitudes sont encouragées, mais, en ce qui concerne les spécifications d’isolation, cela peut poser un sérieux problème. En effet, les anciennes spécifications sont souvent ressorties des tiroirs, dépoussiérées et appliquées à de nouveaux projets sans que personne ne prenne le temps de se demander si elles ont encore un sens. Le résultat? Des erreurs coûteuses, des systèmes sous-performants et des propriétaires d’installations qui se demandent ce qui a bien pu se passer. Mais se contenter de mettre à jour partiellement des spécifications archaïques et de lancer un appel d’offres ne suffit pas. Dans certains cas, cela peut même aggraver la situation, par exemple lorsque cela introduit des exigences contradictoires.
C’est pourquoi le secteur de l’isolation a besoin d’un autre mot qui commence par « R » : réexaminer. Dans les situations où il faut modifier les spécifications – lorsqu’on réduit les coûts ou lorsqu’on change de matériaux – il faut faire une pause, réexaminer la situation et se poser un certain nombre de questions. La spécification modifiée fonctionne-t-elle toujours comme prévu? A-t-on consulté les experts appropriés? Cela sert-il toujours l’intérêt du propriétaire? Trop souvent, la réponse à ces questions est « non ».
Le piège de la réduction des coûts
L’un des principaux problèmes affectant le cahier des charges n’est pas la négligence, mais l’optimisation des coûts. Lorsque les coûts doivent être réduits, le cahier des charges est souvent l’une des premières choses à être modifiée. Les architectes et les ingénieurs peuvent changer de matériaux ou modifier les modalités d’installation qui, sur le papier, permettent de réaliser des économies, mais qui, sur le terrain, créent des problèmes.
La question la plus importante, souligne M. English, concerne la responsabilité. Une fois la spécification modifiée, il existe rarement un mécanisme permettant de vérifier si la nouvelle solution a fonctionné comme prévu. Le propriétaire de l’installation ne saura sans doute jamais que si son système d’isolation fonctionne aujourd’hui de façon sous-optimale, c’est parce qu’il y a des années, lors de la conception du projet, une décision a été prise pour réduire les coûts. « Le propriétaire ne bénéficie pas forcément des économies réalisées », explique M. English, « et souvent, personne ne fait de suivi à long terme. »
M. English a été directement témoin de cette situation. Dans le cadre d’un projet de salle omnisports, afin de réduire les coûts, certains matériaux avaient été remplacés par un produit de substitution, sans véritablement vérifier si celui-ci possédait les mêmes propriétés. Tel n’était pas le cas. Les problèmes que cela a entrainé ont conduit à un procès et à un dédommagement s’élevant à environ 100 fois le coût du matériau initialement prévu. En fin de compte, ces « économies » ont coûté bien plus cher à tout le monde.
Des modifications sans consultation
Même lorsqu’un cahier des charges a été correctement rédigé dès le départ, des problèmes peuvent survenir lorsque des modifications sont apportées en cours de route sans avoir dûment consulté un expert en la matière ou le fabricant. Un matériau de substitution qui, à première vue, semble équivalent à celui initialement prévu peut se comporter de manière très différente sur le terrain, en particulier lorsque les conditions d’installation, les plages de température ou l’exposition à l’humidité n’ont pas été pleinement prises en compte.
M. English estime que des ressources, telles que les normes nord-américaines d’isolation commerciale et industrielle et le tableau des spécifications des matériaux d’isolation de la NIA constituent des outils précieux. Il insiste également sur l’importance d’améliorer la communication et de définir clairement les attentes entre propriétaires, ingénieurs, entrepreneurs et fabricants. Mais le plus important, insiste-t-il, est d’avoir ces discussions avant que les problèmes ne surviennent, et non après.
Ses conseils sont clairs : toute modification apportée au cahier des charges initial doit faire l’objet d’une diligence raisonnable afin de s’assurer que la spécification modifiée fonctionnera comme prévu. Mieux encore, il suggère d’inclure dans le cahier des charges des dispositions explicites exigeant l’approbation d’experts en la matière et d’ingénieurs avant d’accepter toute substitution de matériau, quel qu’il soit. « Si le cahier des charges est modifié, quelqu’un doit avoir la responsabilité de vérifier que cela fonctionne toujours », explique M. English.
Le déficit de connaissances
Derrière bon nombre de ces problèmes se cache un déficit de connaissances. Les ingénieurs qui rédigent ou approuvent les cahiers des charges relatifs à l’isolation ne disposent pas toujours d’une expertise approfondie en ce qui concerne les propriétés des matériaux isolants; par ailleurs, les fabricants sont souvent sollicités trop tard, voire pas du tout, pour déceler les problèmes éventuels. Certains matériaux sont substitués à d’autres sans mesurer pleinement les conséquences d’un tel changement en aval.
L’expérience professionnelle a enseigné à M. English que la solution n’est pas tant d’identifier le coupable que d’informer et de communiquer. « Lorsque vous remarquez quelque chose de suspect, posez des questions », conseille-t-il aux ingénieurs et aux rédacteurs de cahiers des charges. « L’objectif est la satisfaction du propriétaire de l’ouvrage. C’est à travers ce prisme que tout doit être envisagé. »
Impliquer des experts en la matière en amont dans le processus peut faire une grande différence. En effet, les fabricants, lorsqu’ils sont consultés pendant la phase de rédaction du cahier des charges plutôt qu’après coup, peuvent aider à identifier les problèmes potentiels, suggérer des matériaux appropriés et s’assurer que ce qui est spécifié peut réellement être construit et fonctionnera comme prévu.
Un appel à améliorer les pratiques
Le problème des spécifications inadéquates n’est pas inévitable. Il persiste en grande partie à cause de certaines habitudes — depuis la tendance à réutiliser d’anciens documents à celle de réduire les coûts sans en évaluer les conséquences, en passant par l’exclusion des personnes possédant les connaissances les plus pertinentes du processus décisionnel.
La solution exige une volonté délibérée : celle de mettre à jour les spécifications pour refléter les matériaux et normes actuels, d’intégrer la responsabilité dans le processus et de donner la possibilité aux fabricants et aux experts en la matière de donner leur avis avant de finaliser le cahier des charges, plutôt que d’attendre qu’un problème survienne.
Comme le souligne M. English, « le métier de l’isolation s’apprend à travers l’expérience et la communication ». La profession ne manque ni de l’une ni de l’autre. La difficulté consiste à s’assurer que ces connaissances soient prises en compte lors de la rédaction du cahier des charges. ▪
Leslie S. Emery est directrice de la Communication et de la Publication de la NIA. Elle est chargée de la gestion de la communication, des réseaux sociaux, du marketing et des publications de la NIA. Elle peut être jointe au 703-464-6422, poste 120, ou à l’adresse lemery@insulation.org.
Copyright© 2026 National Insulation Association®. Tous droits réservés. Leslie Emery (editor@insulation.org) est directrice de la Communication et de la Publication à la National Insulation Association (insulation.org). Reproduit avec l’autorisation du magazine Insulation Outlook, à partir de la rubrique « Bad Specs: It’s Time to Readdress Your Specifications » tirée du numéro de mars/avril 2026. Pour vous abonner à Insulation Outlook, rendez-vous sur insulation.org/io/subscribe.
« Bad Specs » est une rubrique qui paraît périodiquement dans le magazine Insulation Outlook destiné aux professionnels de l’isolation mécanique, qui leur permet de partager leurs expériences. Elle offre aux lecteurs l’occasion de tirer les enseignements des erreurs commises par d’autres, et rappelle l’importance d’une communication claire et concise dans notre secteur. Parmi les autres ressources proposées par la NIA, on trouve : Thermal Insulation Inspector Certification™ (insulation.org/training-tools/inspectorprogram); Find a Certified Thermal Insulation Inspector™ (insulationinspectors.com); Find a Certified Insulation Energy Appraiser™ (insulationappraisers.com); Specs, Codes, and Product Resources (insulation.org/about-insulation/system-design/techs-specs).