Comment s’y retrouver dans un contexte tarifaire et énergétique en constante évolution

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Par / Natalie Bruckner

Pour le secteur canadien de la construction, l’année 2026 a débuté dans un climat de prudente résilience. La hausse des droits de douane, l’augmentation du coût de l’énergie et les perturbations persistantes de la chaîne d’approvisionnement redéfinissent la manière dont les projets sont tarifés, planifiés et réalisés. Dans le secteur de l’isolation mécanique, les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis sont devenues une source d’incertitude. 

L’imposition, par le gouvernement américain, de droits de douane sur les produits canadiens ainsi que les contre-mesures prises par le Canada exercent de nouvelles pressions sur les coûts et créent de nouvelles difficultés en matière d’approvisionnement. Parallèlement, la couverture médiatique accrue de la hausse des prix a amplifié les inquiétudes dans l’ensemble du secteur, alimentant ainsi le sentiment général de malaise chez les entrepreneurs, les promoteurs et les fournisseurs.

Selon les distributeurs membres de l’ACIT, le contexte actuel incite de nombreux acteurs du secteur à être beaucoup plus prudents. Les droits de douane sont certes une source de préoccupation, mais, selon eux, il est difficile de savoir dans quelle mesure la pression tarifaire est directement attribuable aux mesures commerciales ou, d’une manière plus générale, aux tendances inflationnistes. Depuis le début de la pandémie de COVID-19, le coût des marchandises a augmenté de manière généralisée, ce qui génère des tensions qui s’additionnent et font qu’il est plus difficile de déterminer l’impact spécifique des droits de douane.

Les distributeurs soulignent toutefois que le coût de l’énergie a un effet plus direct et mesurable sur leurs activités. La hausse des prix du carburant a entraîné une augmentation des coûts d’expédition et de fret dans tout le Canada, avec un accroissement des surcoûts en 2026. Parallèlement, les contraintes d’approvisionnement persistantes ont entraîné une pénurie périodique de produits. 

Selon les membres de l’ACIT, absorber cette augmentation des coûts de transport n’est plus viable, ce qui les oblige à ajuster leurs structures tarifaires et leurs stratégies de répercussion des coûts.

Malgré l’incertitude, ils s’adaptent en conséquence et affirment que l’activité reste stable, même si certains projets prennent du retard dans ce contexte volatile. En avril, l’Association canadienne de la construction (ACC) a publié son rapport trimestriel de printemps Perspectives économiques trimestrielles de la construction, qui reflète cette situation et souligne la résilience soutenue du secteur. 

« Les données montrent que les fondamentaux de notre secteur restent solides, même si les risques continuent de s’accroître », déclare Rodrigue Gilbert, président de l’ACC, en ajoutant que les professionnels de la construction s’adaptent à la hausse des coûts, au ralentissement de la croissance démographique et à l’incertitude géopolitique croissante. « Mais dans un environnement de politiques publiques favorable, notre secteur est prêt à fournir les logements et les infrastructures, dont les Canadiens ont un besoin urgent », souligne M. Gilbert. 

Des indicateurs plus récents font état d’une situation contrastée dans le secteur de la construction. Au mois de juin, Statistique Canada a indiqué que la valeur totale des permis de construire délivrés au Canada avait diminué d’un milliard de dollars (-7,6 %) et représentait en avril 12,5 milliards de dollars; le recul des intentions de construction concernait à la fois les secteurs non résidentiel (-10,5 %) et résidentiel (-5,5 %). À taux de change constant, les permis ont reculé de 7,7 % d’un mois à l’autre, mais ont progressé de 2,7 % d’une année à l’autre. Ce recul a été principalement le fait de la Colombie-Britannique et de l’Ontario, tandis que les hausses enregistrées dans d’autres provinces ont contribué à compenser cette faiblesse générale.

Dans le même temps, les données globales du secteur témoignent d’une résilience sous-jacente. L’ACC a également indiqué que le PIB du secteur de la construction avait reculé de 0,6 % au quatrième trimestre de 2025, marquant ainsi la première contraction après six trimestres consécutifs de croissance. Le rapport a également révélé une hausse de 9,8 % des permis de construire au quatrième trimestre, soit la plus forte progression depuis 2021, principalement tirée par l’activité dans le secteur résidentiel collectif dans plusieurs provinces.

Un examen plus approfondi des coûts de construction donne une idée plus claire des pressions en jeu. Statistique Canada a indiqué en avril que les coûts de construction résidentielle avaient augmenté de 0,6 % au premier trimestre, après une hausse de 0,5 % au trimestre précédent. Les coûts non résidentiels ont augmenté de 0,5 % au cours de la même période. En glissement annuel, les coûts de construction résidentielle ont augmenté de 2,8 % dans l’indice composite des 15 RMR au premier trimestre, tandis que les coûts non résidentiels ont progressé de 3,6 %.

Statistique Canada indique que les droits de douane appliqués en représailles sur l’acier et les produits dérivés de l’acier, ainsi que les contraintes persistantes d’approvisionnement en matériaux, ont contribué à la hausse des prix des intrants liés aux métaux dans tout le pays. Ces pressions se traduisent par la hausse du coût des composants structurels et métalliques utilisés dans le secteur de la construction. 

Dans son Rapport sur les perspectives 2026 pour le secteur de la construction et les taux d’assurance, le courtier en assurances HUB International identifie également les coûts des matériaux liés aux droits de douane et aux contre-droits de douane comme la principale source d’instabilité au cours de l’année. Les distributeurs membres de l’ACIT indiquent que cette hausse des coûts des intrants se répercute également sur leurs activités quotidiennes, avec des marges plus serrées et une pression accrue sur la fixation des prix. 

Á cela vient s’ajouter une incertitude supplémentaire en raison des exigences introduites par la Chine en janvier 2026 concernant les autorisations d’exportation de produits sidérurgiques, qui ont contribué à la volatilité des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Bien que de nombreux membres de l’ACIT préfèrent s’approvisionner sur le marché national, conformément aux principes généraux de la politique « Achetez canadien », les décisions d’approvisionnement sont largement dictées par les coûts et la disponibilité, ce qui se traduit par un recours substantiel aux sources d’approvisionnement internationales, notamment transfrontalières et étrangères.

Il est peu probable que ces pressions s’allègent à court terme. Un rapport récent de Cushman & Wakefield, la plus grande société mondiale de services immobiliers commerciaux, confirme ce point de vue. Intitulé Impact of Tariffs on Canadian CRE Construction Costs (Impact des droits de douane sur les coûts de construction immobilière commerciale au Canada), ce rapport estime que « les mesures tarifaires introduites le 21 mai 2026 entraîneront une hausse de 9,2 % du coût des matériaux de construction, le coût total des projets augmentant en moyenne de 0,92 % ».

L’ACIT continue de plaider, au nom de ses membres, pour que les matériaux de construction, notamment les produits d’isolation thermique, soient exemptés des droits de douane appliqués en représailles et invoquent le rôle du secteur dans l’efficacité énergétique et les chaînes d’approvisionnement intégrées en Amérique du Nord.

En ce qui concerne les coûts énergétiques, l’impact de la hausse des prix du pétrole va au-delà du fret et du transport. Ces pressions se répercutent également sur les intrants d’origine pétrochimique utilisés dans les matériaux de construction, notamment certains produits d’isolation, les canalisations et les membranes. 

Prises conjointement, les pressions douanières et la volatilité des prix de l’énergie, qu’elles soient réelles ou perçues, continuent de remodeler les coûts et les conditions d’approvisionnement dans l’ensemble du secteur de la construction, et les membres de l’ACIT s’adaptent à mesure que la situation évolue. ▪