En matière de santé mentale, un peu plus de la part de chacun signifie un peu plus pour le bien de tous.
Par Mark Breslin
Je connais quelqu’un comme ça. Et, je suis sûr que vous aussi. Quelqu’un dans votre famille ou parmi vos amis qui ne va pas bien. Quelqu’un qui est aux prises avec des difficultés. Quelqu’un qui souffre d’une forme de maladie mentale et qui essaie de la surmonter, ou de lutter contre elle.
Dans notre secteur, personne ne veut en parler. Sur le chantier, les conversations se limitent au dernier match de hockey, tout au plus. C’est une profession très masculine, où afficher son ego et recouvrir ses émotions d’une chape de plomb est la norme. C’est un milieu difficile. Les gens sont rudes. Les temps sont durs? Pas de chance. Il n’y a qu’à serrer les dents.
Les chiffres sur l’état de la situation parlent d’eux-mêmes. En tant que dirigeants, c’est à nous d’agir.
- 19 % des travailleurs interrogés estiment que leur état de santé mentale est mauvais ou passable.
- Pour les employés dont la santé mentale est fragile, les absences au travail sont multipliées par 4.
- Les personnes les plus touchées par les troubles mentaux, en particulier la dépression et l’anxiété, sont celles âgées de moins de 30 ans.
- Selon la National Alliance for Mental Illness, ces problèmes coûtent chaque année 47,5 milliards de dollars en perte de productivité aux employeurs.
C’est pourquoi, année après année, le secteur de la construction arrive toujours en première ou deuxième position parmi les professions où le taux de suicide est le plus élevé. Je trouve cela à la fois troublant et tragique. Alors, analysons la situation: le secteur de la construction proclame la sécurité comme sa valeur fondamentale numéro un. Nous y consacrons du temps, des efforts et beaucoup d’argent. Portez votre ÉPI. Soulevez en prenant appui sur vos genoux. Portez votre harnais. Sécurisez votre échelle. Mettez la jugulaire de votre casque. Mais où est la protection émotionnelle? Dans un secteur où tant de personnes sont manifestement en difficulté, où sont l’attention et l’empathie? La sécurité est-elle une question de règles, de conformité et de normes OSHA? Ou s’agit-il plutôt de faire ce qu’il faut pour les hommes et les femmes qui travaillent?
Et si les dangers les plus graves n’étaient pas ceux que l’on voit ou que l’on entend facilement? Il n’est pas étonnant que le secteur de la construction figure en tête du classement des professions les plus touchées par le suicide et les maladies mentales, juste après les anciens combattants et les premiers intervenants. Comment expliquer cela? C’est parce que ces professions partagent une culture similaire. Elles font face aux mêmes injonctions.
- Ne donne pas de signe de faiblesse.
- Ne demande pas d’aide.
- Cache ta vulnérabilité derrière l’humour ou le silence.
- Ou noie-la dans l’alcool ou la drogue.
- Fais comme si elle n’existait pas.
Prétendre assurer la sécurité sur les chantiers sans mettre en place de garde-fous psychologiques et émotionnels est, au mieux hypocrite, au pire mauvais pour les affaires. Mais la vérité, c’est qu’il ne s’agit pas ici d’un problème, d’un impact ou d’un coût commercial. Il s’agit d’un problème et d’un coût humain. Et c’est à nous, en tant que dirigeants, qu’il incombe de favoriser une culture d’entreprise plus ouverte, plus attentionnée et plus proactive. Pour les employés de nos organisations, il est vital de savoir qu’ils peuvent parler ouvertement de leurs difficultés, demander de l’aide ou des ressources, ou en proposer à leurs collègues.
Oui, j’ai moi-même un proche dans cette situation. Et vous aussi, probablement. Il est même probable que beaucoup d’entre vous qui lisez ces lignes aient déjà traversé des moments difficiles dans votre vie personnelle. Alors, pourquoi ne pas cesser de fermer les yeux? Et si nous acceptions que la notion de sécurité doive être plus inclusive et plus humaine? Mettre l’accent sur la santé mentale au travail et sur les chantiers ne demande pas beaucoup; il s’agit simplement d’un petit effort supplémentaire de la part de chacun, pour le bien de tous. ▪